Chronique : Wilderness of Mirrors - MYRATH
- Par ludovic R.
- Le 05/10/2026
- Dans Chroniques

Deux ans après Karma, MYRATH revient avec une certitude : son "blazing desert metal" n’a plus grand-chose à prouver. Avec Wilderness of Mirrors, les Tunisiens ne cherchent donc pas à réinventer leur formule, mais à la pousser vers une forme de maturité où metal progressif, power et sonorités orientales ne cohabitent plus : ils ne font désormais qu’un.
The Funeral en pose immédiatement les bases. Malgré un texte hanté par le deuil, MYRATH refuse de sombrer dans la noirceur et lui oppose harmonies lumineuses, montée progressive et envolées presque triomphantes. Un jeu de clair-obscur qui traversera tout l’album : plus les sujets s’assombrissent, plus la musique semble chercher la lumière.
Mais c’est surtout dans l’écriture que MYRATH franchit un cap. Là où ses différentes influences pouvaient autrefois être parfaitement identifiables, Wilderness of Mirrors brouille les frontières. Sur l’excellent Breathing Near the Roar, chœurs orientaux, changements de cadence, riffs massifs et la basse brillante et virevoltante d'Anis Jouani s’imbriquent avec une fluidité remarquable. Du prog qui n’a pas besoin de quinze minutes pour raconter quelque chose, et une densité qui confère parfois au disque des allures de bande originale.
Même lorsqu’il se fait plus immédiat, le quintette ne choisit jamais la facilité. Le très moderne Until the End, porté par le contraste entre Zaher Zorgati et Elize Ryd (AMARANTHE), possède tout du single fédérateur sans sacrifier la sophistication de ses arrangements. Ailleurs, Still the Dawn Will Come fait ressurgir le MYRATH de Tales of the Sands, lorsque cordes orientales et riffs massifs se télescopaient avec gourmandise. À ceci près qu’aujourd’hui les coutures ont pratiquement disparu.
MYRATH - Through the Seasons (Official Video)
Cette maîtrise nouvelle passe aussi par la retenue. Sur Les Enfants du soleil, Malek Ben Arbia résiste à la tentation d’occuper tout l’espace et laisse guitare acoustique, piano et chœurs construire progressivement l’ampleur du morceau. Même constat sur Soul of My Soul, power ballad qui refuse soigneusement le traditionnel solo pyrotechnique pour abandonner le premier rôle à un Zorgati vulnérable et magistral.
Ne croyez pas pour autant MYRATH assagi. The Clown est peut-être le morceau qui résume le mieux Wilderness of Mirrors : tandis que son personnage s’effondre, claviers, guitares et orchestrations prennent des proportions toujours plus triomphantes. Le désespoir en arabe de Zorgati, bientôt happé par la guitare de Malek Ben Arbia, transforme l’ensemble en véritable scène de théâtre métallique.
Et lorsque le groupe lâche la bride, comme sur le groove oriental irrésistible d’Edge of the Night, on se souvient immédiatement pourquoi MYRATH reste une redoutable machine de scène.
Wilderness of Mirrors réussit finalement quelque chose de plus difficile qu’une réinvention : faire cohabiter vingt ans d’évolution sans donner l’impression de regarder dans le rétroviseur. Des couleurs orientales des débuts au metal plus frontal des dernières années, MYRATH récupère le meilleur de chaque époque et le fond dans une écriture plus fluide, plus cinématographique et surtout plus sûre d’elle-même.
Dense sans être indigeste, virtuose sans sombrer dans la démonstration et accessible sans devenir docile, Wilderness of Mirrors n’efface pas le passé de MYRATH. Il prouve simplement que le groupe n’a jamais aussi bien su quoi en faire.