Chronique : Dark Asylum - KAMELOT

Kamelot dark asylum

Trois ans après The Awakening, KAMELOT rouvre les portes de son théâtre. Toujours épaulé par l’indéboulonnable Sascha Paeth, le quintette floridien livre avec Dark Asylum son quatorzième album et, plutôt que de simplement entretenir une formule éprouvée, semble décidé à en tester une nouvelle fois les limites.

Le décor s’appelle Ravenhill : une institution autrefois grandiose, presque cathédrale, désormais transformée en asile et en terrain d’expérimentation pour âmes tourmentées. Un concept qui pourrait difficilement mieux convenir à KAMELOT. Depuis longtemps, Thomas Youngblood et les siens excellent dans cet équilibre entre théâtralité, mélodies immédiatement identifiables et noirceur soigneusement mise en scène. Dark Asylum ne remet pas cette identité en cause. Il cherche plutôt à la tordre.

Dès Ashen World, les fondamentaux sont là : orchestrations massives, riffs nerveux, double pédale et refrain conçu pour s’imprimer immédiatement. Pourtant, derrière cette mécanique familière se dessine rapidement un album moins monolithique qu’il n’y paraît. La lourdeur claustrophobe de Dark Asylum laisse ainsi place à la lumière de Sanctuary, probablement l’un des morceaux les plus immédiatement fédérateurs du disque. Clémentine Delauney y trouve naturellement sa place aux côtés de Tommy Karevik tandis qu’Ignacia Fernández, loin de se limiter à quelques growls décoratifs, densifie intelligemment l’ensemble.

Car KAMELOT maîtrise toujours remarquablement l’art de l’invité. Et lorsque Tobias Sammet débarque sur One Last Masquerade, les frontières deviennent franchement poreuses. Difficile de ne pas sentir l’ombre d’AVANTASIA planer au-dessus de cette composition où chaque instrument bénéficie enfin d’un peu d’espace. Les claviers d’Oliver Palotai respirent autour des riffs de Youngblood tandis que Karevik et Sammet installent une véritable dualité : au premier la ligne mélodique, au second le rôle du conteur. Une rencontre qui aurait facilement pu virer à l’affiche publicitaire et qui devient au contraire l’un des sommets du disque.

Tout n’atteint pourtant pas ce niveau. Ivy, My Dear remplit consciencieusement le rôle de la ballade sans parvenir à rejoindre les grandes réussites émotionnelles du catalogue de KAMELOT. Karevik n’est jamais pris en défaut, mais le morceau donne davantage l’impression de répondre au cahier des charges que d’exister par nécessité.

C’est heureusement l’un des rares moments où Dark Asylum semble fonctionner en pilote automatique.

Car sa seconde moitié prend davantage de risques. Godlike Alchemy et surtout Kaleidoscope renouent avec un power metal rapide et lumineux, ce dernier rappelant par instants l’urgence de When the Lights Are Down ou Forever. Alex Landenburg y est remarquable, multipliant changements de dynamique et relances avant que Karevik ne cesse enfin de contenir sa puissance.

Plus surprenant encore, Sleeping Mind donne momentanément l’impression que STRATOVARIUS s’est invité dans la salle des machines. KAMELOT renoue avec un power/speed metal presque eighties sans sacrifier la sophistication de sa production moderne. Une anomalie dans sa discographie récente, et précisément pour cette raison l’une des respirations les plus intéressantes du disque.

KAMELOT - "Sanctuary" featuring Clémentine Delauney & Ignacia Fernández

Mais Dark Asylum devient véritablement fascinant lorsqu’il accepte de ralentir son propre mécanisme. Enigma (Think of Me) travaille les silences et les suspensions plutôt que l’accumulation, tandis que Cassandra’s Disease installe une inquiétude autrement plus insidieuse. Piano lancinant, faux rythme, guitare et batterie chargées de maintenir une tension permanente : KAMELOT accepte enfin que tout ne doive pas nécessairement exploser en permanence. La menace peut également venir du vide.

Cette volonté d’expérimentation trouve même une étrange parenthèse avec Beneath the Moon, vignette presque folklorique construite autour du dialogue entre voix et violon. Une respiration fragile avant que The Puppet King ne fasse voler le mobilier en éclats. Compact, martial et lancé à pleine vitesse, le morceau permet à Landenburg de refermer l’album à coups de grosse caisse comme on verrouillerait définitivement les portes de Ravenhill.

C’est finalement là que Dark Asylum trouve sa principale réussite. À son quatorzième album, KAMELOT aurait toutes les raisons du monde de se contenter d’être KAMELOT. Le groupe choisit plutôt de jouer avec sa propre formule.

Tout n’est pas révolutionnaire et quelques automatismes demeurent profondément ancrés dans son écriture. Mais après plusieurs disques où la maîtrise pouvait parfois prendre le pas sur la surprise, Dark Asylum retrouve une qualité autrement plus précieuse : l’imprévisibilité.

Les Floridiens n’ont pas détruit leur cathédrale. Ils en ont simplement éteint quelques lumières, déplacé les murs et ouvert des pièces dont on ignorait encore l’existence.

Bienvenue à Ravenhill.

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