CALVA LOUISE + IMPARFAIT // Le Rex, Toulouse - 28/10/2026
- Par ludovic R.
- Le 03/11/2026
- Dans Live-reports

Le public toulousain les avait découverts en première partie de la tournée d’adieu de STRAY FROM THE PATH. Quelques mois plus tard, c’est avec un plaisir non dissimulé qu’il retrouve CALVA LOUISE, cette fois en tête d’affiche, dans un Rex copieusement garni. Il faut dire que leur dernier album, Edge Of The Abyss, avait de quoi attiser la curiosité tant le trio semble décidé à dynamiter les frontières musicales. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, c’est à IMPARFAIT, formation française en pleine ascension, que revient la tâche d’ouvrir les hostilités.
IMPARFAIT
C’est ce groupe qui fait de plus en plus de bruit et qui, surtout, a beaucoup à dire. Né de la rencontre entre la chanteuse Prisca et le bassiste Bruno, épaulés par Léo derrière les fûts, le trio débarque avec la ferme intention de secouer les cervicales et les consciences. Pas le temps de s’échauffer : les premiers parpaings volent déjà et la température grimpe instantanément dans la fosse.
Fort d’un nouvel album paru quelques jours plus tôt, Imparfait déroule un set aussi rageur que fédérateur. La présence magnétique de Prisca, véritable boule de nerfs, trouve un écho parfait dans l’attitude de Bruno, qui n’a de cesse de haranguer une assistance déjà chauffée à blanc. La section rythmique cogne dur, les riffs claquent et l’urgence transpire de chaque composition.
L’ombre de RAGE AGAINST THE MACHINE plane sur les débats, autant dans l’approche musicale que dans l’engagement revendiqué. Mais réduire Imparfait à cette seule filiation serait passer à côté de sa personnalité. Le groupe cultive une énergie punk viscérale, une forme de contestation brute qui ne s’embarrasse ni de détours ni de faux-semblants. "On Crie Encore" et "Freaks" en sont de parfaites illustrations, transformant le Rex en véritable défouloir collectif.
Et lorsque Bruno décide de descendre dans le pit pour littéralement fendre la foule en deux, basse en bandoulière, le chaos prend une dimension supplémentaire. Nous n’en sommes qu’au début de la soirée et c’est déjà un joyeux bordel dans la fosse !
Au terme d’une trentaine de minutes menées pied au plancher, IMPARFAIT quitte la scène après avoir collé une sacrée banane à toute la salle. Voilà une première partie qui n’avait rien d’un simple échauffement. On répète souvent que les têtes d’affiche de demain se cachent parmi les groupes d’ouverture d’aujourd’hui. À voir la prestation du trio, difficile de ne pas imaginer IMPARFAIT franchir rapidement quelques échelons supplémentaires. Les épaules sont solides, les convictions aussi. Il ne reste plus qu’à transformer l’essai.
CALVA LOUISE
Une petite demi-heure suffit à débarrasser le plateau avant que les premières notes de "The Abyss" ne résonnent dans le Rex. CALVA LOUISE est enfin de retour, et cette fois, c’est bien son nom qui trône en haut de l’affiche. Une reconnaissance qui n’a rien d’usurpé pour une formation qui, après une décennie d’existence, commence enfin à récolter les fruits de son obstination.
Porté par l’accueil réservé à Edge Of The Abyss, le trio dispose désormais du temps nécessaire pour déployer pleinement son univers. Et autant dire qu’il ne compte pas en perdre une seconde.
"Tunnel Vision ", "W.T.F" et "El Umbral" donnent le ton d’entrée de jeu. Ou plutôt déclenchent une véritable déferlante. Chez CALVA LOUISE, la demi-mesure semble avoir été bannie du vocabulaire. Les potentiomètres sont poussés dans le rouge, les structures s’entrechoquent et les ruptures de rythme s’enchaînent avec une précision presque insolente. Une musique qui emprunte aussi bien au metal alternatif qu’à l’électronique, au punk ou à des expérimentations plus difficiles à cataloguer. Le tout sans jamais donner l’impression d’un assemblage artificiel.
Un détour par les vieux titres avec l’hypnotique "Over The Threshold" permet d’ailleurs de mesurer le chemin parcouru. Si la folie créatrice était déjà présente, elle s’accompagne désormais d’une écriture plus affirmée, d’arrangements plus denses et d’une maîtrise remarquable des contrastes. CALVA LOUISE n’a pas renié ses racines : le groupe a simplement appris à canaliser son chaos pour le rendre encore plus percutant.
Mais c’est sur scène que cette alchimie prend toute sa dimension. Si ses deux compères de la section rythmique tiennent solidement la baraque avec une intensité de chaque instant, difficile de détacher les yeux de Jess Allanic. Véritable centre névralgique de la formation, la chanteuse et guitariste impressionne autant par sa polyvalence que par sa justesse. Passant avec une aisance déconcertante du chant clair aux vocaux saturés, de la guitare aux interventions au clavier, elle semble évoluer dans cet environnement musical tentaculaire avec une facilité presque insolente.
Une multi-instrumentiste de haute volée, certes, mais surtout une personnalité artistique singulière, dont l’empreinte façonne une bonne partie de l’identité de CALVA LOUISE.
Et pourtant, derrière cette démonstration de force se cache une humilité désarmante.
Car CALVA LOUISE, c’est aussi une histoire improbable, faite de rencontres, de kilomètres avalés et d’une détermination à toute épreuve. Jess prendra ainsi plusieurs minutes pour revenir sur les origines du trio et son parcours atypique. Franco-vénézuélienne n’ayant jamais vécu en France, elle s’adresse au public dans un français tout à fait honorable, non sans une pointe d’autodérision, alors même que le bassiste Alizon est, lui, français !
Les anecdotes sur la compréhension entre les différentes langues prête à sourire, mais elle révèle surtout la proximité que le groupe entretient avec son public. Loin des postures artificielles, CALVA LOUISE cultive un rapport sincère à ceux qui les suivent.
Cette authenticité se retrouve jusque dans son approche artistique. Profondément attaché à la culture DIY, le trio ne se contente pas de composer sa musique : il construit également une bonne partie de son univers visuel. Décors, accessoires, clips et effets spéciaux participent à une démarche créative globale, où chaque élément semble prolonger les compositions. Il suffit d’ailleurs de se plonger dans leurs vidéos pour mesurer l’ampleur du travail accompli.
Jess conclura cette parenthèse en remerciant chaleureusement celles et ceux qui leur permettent aujourd’hui de vivre de leur musique. Quelques mots simples, mais qui prennent tout leur sens lorsqu’on connaît les sacrifices nécessaires pour faire exister un projet aussi atypique dans une industrie rarement tendre avec les artistes indépendants.
Retour à la musique avec "Under The Skin", dont les sonorités spectaculaires rappellent à quel point CALVA LOUISE excelle dans l’art de faire cohabiter violence et atmosphères presque cinématographiques. "La Promesa", dernier single en date, vient ensuite relancer les débats et offre au trio l’occasion de dévoiler en exclusivité son futur court-métrage faisant également office de clip. Une nouvelle preuve que, chez CALVA LOUISE, la création ne s’arrête décidément pas aux frontières du studio.
La dernière ligne droite ne laisse aucun répit. "Hate In Me", "Impeccable", puis le sanguin "Lo Que Vale" viennent rappeler toute la puissance de frappe de Edge Of The Abyss. Le groupe garde néanmoins quelques cartouches pour achever les derniers survivants : "Aimless" et "Opportunista" déclenchent une ultime déflagration, reprises à gorge déployée par une assistance qui n’aura jamais faibli.
Atypique sur le papier, détonnant à l’écoute et redoutable sur scène, CALVA LOUISE semble aujourd’hui avoir trouvé sa trajectoire. Celle qui permet aux plus obstinés de transformer des années de travail acharné en reconnaissance méritée. Car au-delà de la technicité, de la folie des compositions et de cette esthétique immédiatement identifiable, c’est avant tout la sincérité du trio qui impressionne.
Ce soir, nous avons assisté à la prestation d’un groupe qui ne triche pas, qui connaît ses forces et qui refuse obstinément de rentrer dans le rang. Reste à savoir jusqu’où cette singularité pourra le mener. Une chose est certaine : nous n’avons pas fini d’entendre parler de ces trois compañeros, et encore moins de l’inépuisable Jess Allanic.
CALVA LOUISE n’est plus une curiosité à surveiller. C’est désormais une évidence avec laquelle il va falloir compter.
Un grand merci à Veryshow pour l'accréditation et Noiser pour cette belle date.