MYRATH + ROSE OF THIEVES // Le Metronum, Toulouse - 18/10/2026

Myrath le bikini 18 10 2026 toulouse ramin ludovic 1La saison des concerts reprend ses droits. Tandis que le froid et la grisaille s’installent progressivement sur l’Hexagone, les Tunisiens de MYRATH viennent raviver les braises avec leur désormais célèbre Blazing Desert Metal. Une dizaine de dates françaises au programme et autant d’occasions de retrouver une formation dont la reconnaissance semble encore en deçà de son potentiel. Ce soir, c’est au Metronum de Toulouse que le quintette vient défendre son septième album, Wilderness of Mirrors. 

ROSE OF THIEVES

Mais avant de traverser les dunes tunisiennes, direction la Hongrie avec ROSE OF THIEVES. Formée en 2023, la jeune formation cultive un éclectisme musical qui rend toute tentative de classification particulièrement hasardeuse. Folk, metal, électronique et mélodies traditionnelles s’entrechoquent dans un joyeux brassage stylistique. Encore faut-il savoir donner de la cohérence à cet assemblage. Et sur ce point, les Hongrois ne manquent pas d’arguments. 

À leur tête, Ivett Dudás mène les débats avec une aisance déconcertante et une énergie communicative. Malgré un public majoritairement venu découvrir la formation, les premières mains ne tardent pas à battre la mesure. Fend Off the Dark donne le ton d’un univers où les riffs de guitare croisent les mélodies de l’accordéon, tandis que Hymn of Hell confirme cette volonté de brouiller les frontières musicales. 

L’audace ne s’arrête pas là puisque les musiciens s’autorisent une reprise pour le moins inattendue de Boys (Summertime Love) de Sabrina Salerno. De quoi tirer les derniers récalcitrants de leur torpeur. Mais au-delà de cette fantaisie, c’est surtout l’alchimie scénique qui retient l’attention. Les regards complices, les plaisanteries et le plaisir manifeste de jouer ensemble donnent à la prestation une spontanéité bienvenue. Onze titres plus tard, largement consacrés à Demon Ascend, ROSE OF THIEVES quitte les planches en ayant éveillé suffisamment de curiosité pour attirer quelques spectateurs vers le stand de merchandising. 

MYRATH

Changement de décor. Les backdrops prennent place et habillent progressivement la scène d’une esthétique orientale. La fosse se densifie, l’impatience gagne les premiers rangs. Lorsque résonnent les premières notes de The Funeral, MYRATH entre en scène avec une entrée en matière particulièrement judicieuse. Derrière son titre funèbre, le morceau déploie des harmonies lumineuses et des arrangements qui annoncent les nouvelles orientations musicales de Wilderness of Mirrors. 

Mais le quintette n’entend pas s’attarder dans la contemplation. L’enchaînement Born to Survive et Dance vient rapidement rappeler la redoutable efficacité de son répertoire. Les rythmiques se font plus incisives, les mélodies plus fédératrices et le public répond immédiatement à cette déferlante métallique. 

La soirée réserve également une rencontre bienvenue lorsque Ivett Dudás revient partager le chant avec Zaher Zorgati sur Until the End. Une parenthèse qui illustre la dimension mélodique et théâtrale que MYRATH cultive depuis plusieurs années. 

Car en sept albums, les Tunisiens ont constitué un répertoire dont la richesse saute désormais aux oreilles. Et plutôt que de se reposer sur leurs acquis, ils font le choix audacieux de consacrer une large partie du concert à leur dernière réalisation : neuf des dix compositions de Wilderness of Mirrors trouvent ainsi leur place dans la setlist. Une prise de risque mesurée tant ces nouveaux morceaux semblent avoir été pensés pour s’épanouir sur scène. 

The Clown, évocation poignante de la dépression, impose notamment un changement de registre saisissant. La démonstration de puissance cède la place à une émotion plus intériorisée, portée par un Zaher Zorgati particulièrement habité. Le Metronum se fait plus attentif, comme suspendu à cette confession musicale. 

À l’inverse, l’enchaînement Merciless Times / Tales of the Sands agit comme un rappel à l’ordre. Dès les premières mesures, la salle s’embrase. Difficile de ne pas repenser à cette période où beaucoup découvraient MYRATH à travers les riffs acérés de Merciless Times. Le temps a passé, mais l’efficacité demeure intacte. 

Si Zaher Zorgati monopolise naturellement une bonne partie des regards, réduire MYRATH à son charismatique chanteur serait oublier la remarquable rigueur de ses instrumentistes. 

Depuis le départ d’Elyes Bouchoucha, les claviers sont désormais confiés à Kevin Codfert, ancien membre d’ADAGIO. Une succession parfaitement assumée tant le musicien se montre indispensable à l’équilibre sonore du groupe. Entre arrangements, nappes de claviers et interventions vocales, notamment sur Still the Dawn Will Come, son travail apporte une véritable profondeur aux compositions. 

À la guitare, Malek Ben Arbia cultive une sobriété presque déroutante. Peu démonstratif, le musicien laisse ses doigts parler pour lui. Et lorsqu’il décide de hausser le ton, ses interventions chirurgicales suffisent à rappeler qu’une présence scénique ne se mesure pas nécessairement au nombre de kilomètres parcourus sur les planches. 

Anis Jouini se montre autrement plus joueur. Le bassiste se retrouve même embarqué sous le bras de Zaher pour une improbable escapade en coulisses, sans jamais interrompre son jeu, avant de réapparaître de l’autre côté de la scène. Derrière cette décontraction se cache pourtant une précision redoutable. Ses lignes de basse, particulièrement lisibles grâce à une sonorisation exemplaire, constituent l’une des satisfactions de la soirée. 

Et que dire de Morgan Berthet ? Le batteur continue d’impressionner par la maîtrise de son jeu, capable de conjuguer puissance, finesse et précision sans jamais tomber dans la surenchère technique. Une assise rythmique indispensable à des compositions dont la sophistication pourrait facilement devenir indigeste entre des mains moins expertes. Son intervention sur Jasmin en est la preuve irréfutable. 

La grande force de MYRATH réside peut-être dans cette capacité à opposer les émotions sans jamais rompre le fil du concert. Lorsque la fougue de Breathing Near the Roar s’efface devant l’émouvant Soul of My Soul, le contraste est saisissant. Mais loin de casser la dynamique, cette alternance révèle une formation parfaitement consciente des ressorts dramaturgiques de son répertoire. 

Les Tunisiens savent quand frapper, quand ralentir et surtout quand laisser respirer leurs compositions. Une intelligence de construction qui empêche la moindre lassitude de s’installer malgré la densité du programme. 

Les Enfants du Soleil, l’une des plus belles réussites du nouvel album, offre ainsi un autre moment de communion. Zaher Zorgati quitte la scène pour entonner son prélude au milieu du public avant de retrouver ses compagnons. Une proximité qui vient rappeler que, derrière la sophistication des arrangements, MYRATH reste avant tout un groupe profondément attaché au partage. 

Le dénouement approche. Les premières notes de Jasmin installent une atmosphère presque cérémonielle avant que Believer ne vienne refermer les débats. Sans surprise, le titre le plus emblématique du groupe provoque une dernière communion collective. Le Metronum reprend le refrain à pleins poumons tandis que les musiciens étirent le morceau, laissant Zaher Zorgati multiplier les vocalises avec une aisance insolente. 

On attend alors l’ultime reprise du refrain, celle qui viendrait achever la soirée dans une explosion collective. Mais MYRATH choisit une autre voie. Plutôt que de conclure dans la démesure, a coup de douce vocalises, le groupe laisse progressivement retomber la tension, comme une tempête de sable qui s’évapore dans le silence après avoir tout emporté sur son passage. 

Ne restent alors que les souvenirs, les émotions et cette impression persistante d’avoir assisté à la prestation d’une formation qui, à défaut de bénéficier encore de la reconnaissance qu’elle mérite, possède déjà tous les attributs des plus grandes. 

Merci à Access Live pour l'accréditation et le Metronum pour l'accueil.

Myrath