FOREIGN ROCK OPERA : Rencontre sur le fleuve du temps avec Ivan Jacquin

Ivan jacquin

J'ai pu m'entretenir avec Ivan Jacquin, fondateur du projet et créateur du personnage d'Ahasverus l'immortel pour parler de la seconde partie de The Symphony of the Wandering Jew.

WTH : Salut Ivan et bienvenue sur WTH, tu nous présentes aujourd’hui la partie 2 d’une trilogie opéra rock commencée en 2014. Peux-tu faire un résumé succinct de ta carrière et de la première partie de cet opéra rock ?

Ivan :  J’ai commencé à étudier le solfège et le piano vers six ans au Conservatoire et après 8 années d’études, je me suis orienté vers le Jazz et l’improvisation. J’ai commencé à jouer dans des groupes à partir de 17 ans, comme batteur/chanteur sur du metal extrême et mélodique (c’était l’époque des premiers groupes de death-metal, Death, Morbid Angel, Entombed, Obituary, Deicide…) mais je me suis dirigé très vite vers un chant plus mélodique auquel j’ai de suite intégré l’utilisation de clavier. J’ai fait beaucoup de concerts avec des groupes différents, assez progressifs dans l’ambiance, ce qui fait que nous n’avons jamais vraiment percé. Je citerais Lifeseeker avec qui nous avons joué en 1ère partie de Vulcain et Silmaris dans les années 90, je ne citerai pas tous mes groupes mais les plus marquants sont Ogham (rock celtique), Acid Rain (reprises 70’s 80’s dont Deep Purple, Led Zep, Toto…), Project Rage (électro prog metal), Projekt One (rock prog celtique), Tribute to Hallyday (dans lequel j’étais claviériste et choriste, oui, oui, c’est possible !) et l’Hommage symphonique à Pink Floyd (reprises des Floyd avec orchestre, groupe rock et chœur). Puis Amonya, trio acoustique jazzy à tendance celtique et Psychanoia, rock/metal mélodique dans lesquels je suis toujours actif. Je collabore également à des projets studios divers lorsque je suis demandé et que cela me parle assez émotionnellement. Je suis également prof de piano à mes heures, ce qui fut d’ailleurs mon tout premier métier.

Ce premier album fut une très belle aventure, autant humaine que musicale. Ce fut un challenge pour tout le monde, aussi bien pour moi avec autant d’artistes différents à enregistrer dans mon studio que pour d’autres qui n’avaient jamais participé à un tel projet. Un gros travail de base a été fait avec mes collègues de Psychanoia (mon groupe rock metal prog), dont Olivier, guitariste, qui a pris en charge une partie de la préprod et du mixage de l’album dans le studio « La boucherie » de Jérôme Perrier, au fin fond de la Bourgogne du sud. J’ai convié la plupart des musiciens avec qui j’ai joué pendant ces vingt dernières années avec différentes formations et ai complété le staff en dénichant des perles rares via Facebook, surtout au niveau des chanteuses. Tout a été autoproduit et autofinancé, l’album a beaucoup plu et a eu sa petite renommée. L’histoire raconte les périples d’Ahasverus/Isaac Laquedem, le juif errant du jour de sa malédiction, là où Jésus fut crucifié après l’avoir rendu immortel jusqu’à l’aube du deuxième millénaire, vers 1150.

WTH : Quelles périodes nous fais-tu traverser pour ce deuxième opus ?

Ivan : L’histoire continue là où le premier opus s’était terminé, Isaac, devenu Omar Kyan se rend à nouveau à Jérusalem, sa ville natale qu’il n’a pas revue depuis 1000 ans et s’engage dans une étrange alliance avec le terrible Saladin, puis s’enfuit ver les terres inconnues du Danemark, accueilli par les tribus Vikings avec qui il va découvrir pour la première fois ce qu’on appelle de nos jours le Canada. Puis il partira pour l’Espagne et il prendra la place du vrai Christophe Colomb pour la première expédition, remplacera également Shakespeare disparu précocement et contribuera au mythe de l’écrivain, il rencontrera François Ier, Nostradamus, Mona Lisa et Da Vinci, entretiendra une amitié forte avec Mozart et finira par tomber amoureux de la sœur de Napoléon, Pauline Borghese. Son périple sera accompagné comme dans le premier opus par les fantômes de Jésus, Ar’Brionn son ami certainement imaginaire, Marie Madeleine la sulfureuse et son premier amour, Lady Jane une vision de plaisir et Ahasver sa conscience profonde. N’oublions pas que l’histoire du Juif Errant n’est qu’un mythe médiéval au départ, j’ai donc extrapolé cette légende à ma façon

WTH : Il y a un travail énorme sur l’instrumentation pour coller à l’époque traversée par les morceaux avec utilisations de violoncelles ou de clarinettes par exemple ? Quels autres sons as-tu utilisé pour coller à l’époque de chaque morceau ?

Ivan : Un peu comme sur le premier album, mais en plus écrit, j’ai invité mes amis qui avaient déjà fait des merveilles sur ma musique pour Foreign Part I, dont Mathilde et Didier aux violons et alto, Rachel au hautbois, Laurence aux flûtes traversières et irlandaises, Olivier et son dulcimer à marteaux, une petite nouvelle Sonia au violoncelle, Christine à la harpe classique et Grégory avec sa vielle à roue pour un petit moment médiéval et futuriste en même temps… Je me suis même mis à jouer du duduk (sorte de hautbois arménien), pour ce côté oriental que vous entendez sur l’intro de Yerushalaïm.

WTH : Tu as écrit ces deux albums de A à Z et persuadé de prestigieux invités à participer à ton projet. Tout d’abord comment travailles-tu et ensuite que ressens tu en voyant ces musiciens adhérer à ton projet ?

Ivan : Pour ce deuxième album j’avais déjà quelques morceaux écrits et j’avais des voix bien précises en tête pour les interpréter. J’ai été chanceux de voir l’enthousiasme de Zak Stevens et Andy Kuntz, chanteurs que je vénère depuis le « Handful of Rain » de Savatage et le premier Vanden Plas, ils ont d’entrée adhéré au projet et vu qu’ils ne font pas beaucoup de projets annexes, j’en suis d’autant plus honoré. Amanda Lehmann m’a vraiment bluffé sur ces solos de guitares de Yerushalaïm et ses voix sublimes sur Rise 1187 et Mariner of all seas. Leo Margarit avait indiqué sur Facebook qu’il souhaitait collaborer dans tout style de musique, j’ai donc sauté sur l’occasion et il joue divinement sur quatre morceaux (il sera certainement de la partie pour Foreign III et un de mes autres projets que je suis en train de finaliser), Mike Lepond a tout de suite accepté de jouer sur deux titres, Mysteries to come et Symphonic Caress, quant à Tom Englund, il brille également sur Running Time et Mysteries to come, bien qu’il fut beaucoup moins investi. Le reste du staff instrumental et les vocalistes récurrents sont en grande partie les mêmes que le premier album, mais j’ai à nouveau découvert quelques perles rares. J’ai réorganisé un chœur avec certains chanteurs et chanteuses de Foreign Part I, accompagné de nouveaux arrivants. Nous avons toutes et tous vécu de belles émotions ensemble par tout ce travail commun.

Foreign ii cover

WTH : La qualité de production est absolument remarquable, peux-tu nous parler de ce processus ?

Ivan : C’est un projet de quarante artistes, donc beaucoup de choses se passent à distance. Les stars ont enregistré de leur côté (j’ai tout de même réussi à rencontrer Leo et Andy par la suite), les batteurs, bassistes et guitaristes également. Mais j’ai eu le plaisir d’accueillir beaucoup de vocalistes dans mon studio et j’ai également enregistré la plupart des instruments classiques. Le tout a été magnifié par l’ingé-son de Vanden Plas, Mob Rules, Red Circuit, Markus Teske, (grâce à Andy Kuntz qui nous a mis en relation), son travail a été très minutieux et très professionnel, il a réussi à éclaircir tous les morceaux même ceux qui comportent le plus de pistes en même temps. Certains détails ressortent alors que je n’y avais pas fait attention, comme les frottements d’archets, ou les souffles des flûtes et du hautbois.

WTH : Ton projet estest-il en toi depuis le début, en as-tu déjà la fin ?

Ivan : Le projet global est terminé bien sûr, mais les détails se font au fur à mesure de la composition des morceaux. L’histoire du troisième et dernier volet n’est donc pas totalement finalisée dans mon esprit, ni aucun morceau d’ailleurs… Je vais prendre mon temps pour faire encore mieux que cette Part II.

WTH : Tu ne sembles pas soutenu par les grosses maisons de production malgré tous les guests, comment expliques-tu cela ?

Ivan : je ne me l’explique pas et j’en suis désolé. Pourtant le label Pride And Joy Music est derrière ce deuxième album pour le promouvoir, nous sommes présents sur les catalogues de Nuclear Blast et Season of Mist mais rien ne se passe en France, je démarche comme un fou pour faire connaître le projet, comme si j’étais encore en autoproduction. Même les grands magazines spécialisés boudent le projet, et malgré mon réseau qui augmente d’années en année, je peine vraiment à faire connaître Foreign. Pourtant, la musique plaît beaucoup et pas seulement aux fans de metal, de rock, de prog ou de symphonique. Foreign touche un large public lorsqu’on y pose une oreille, mais si pas de diffusion à grande échelle, pas de renommée extraordinaire… C’est le seul point noir de l’aventure…

WTH : Tu as réussi à réunir des musiciens d’univers très différents, notamment la chanteuse guitariste de Steve Hackett. Comment s’est passé cette rencontre ?

Ivan : J’ai été ébloui par sa voix et ses prestations sur les CD et DVD du Genesis Revisited que nous proposent sieur Hackett depuis quelques années, je suis un fan des premiers Genesis bien sûr et j’ai trouvé qu’elle avait plusieurs couleurs vocales intéressantes à proposer. Et je voyais bien cette belle femme blonde à l’apparence douce incarner une guerrière Viking furieuse et exaltée. J’ai donc cherché son profil Facebook et je l’ai contactée en lui présentant Foreign et lui proposant les morceaux où elle chante dans l’album. Sa réaction a été lumineuse, immédiate et elle m’a même envoyé un EP 4 titres de ses propres compositions, qui sont très bien d’ailleurs. Je ne l’ai hélas pas rencontrée personnellement mais nos échanges furent fructueux et nous continuons à être en contact. C’est une très belle personne, elle mériterait d’être beaucoup plus mise en avant, d’ailleurs elle est en train de travailler sur son album solo en ce moment même.

WTH : As-tu des projets de tournée pour présenter live ce superbe opéra qui pourrait réussir à s’imposer comme l’a fait AYREON ?

Ivan : Non, hélas, c’est trop important à monter et je n’ai ni le budget, ni le temps pour m’engager. Mais rien n’est fermé, si un jour une grosse structure pro pouvait prendre en charge une grosse partie des finances, de la mise en scène et des démarches pour jouer sur scène, pourquoi pas…

WTH : Un dernier mot pour nos lecteurs qui hésiteraient encore à se plonger dans l’histoire de cet immortel ?

Ivan : Tous ceux qui ont plongé dans l’histoire de Foreign en sont ressortis agréablement surpris, pour ne pas dire subjugués par autant de couleurs musicales différentes. C’est un voyage musical profond et envoûtant. Sans aucun orgueil, je ne connais personne qui a détesté, et nous n’avons eu que très peu de chroniques non avantageuses sur la quantité parue. Alors laissez-vous aller à découvrir cette musique, et à la partager avec le monde entier. Nous avons réellement besoin de notoriété pour que le projet vive et perdure. Vous pouvez également vous procurer les deux livres que j’ai écrits pour détailler l’histoire de ces deux albums : « La symphonie du Juif Errant Livre I & II » – disponibles chez Edilivre. Merci à toutes et tous pour votre soutien et merci à toi, Joël et What the Hell Webzine pour ton enthousiasme et ton support ! Ça fait chaud au cœur.

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