ULTRA VOMIT + MONONC SERGE AND ANONYMUS // Le Zenith, Toulouse - 14/02/2026
- Par ludovic R.
- Le 22/02/2026
- Dans Live-reports

Un an après avoir retourné le Bikini, les trublions du metal parodique français reviennent dans la ville rose, mais cette fois dans l’arène XXL. Porté par le raz-de-marée La Puissance du Pouvoir, le quatuor nantais change clairement de division. Plus de capacité, plus de pression, plus d’attentes. Reste une question : ULTRA VOMIT peut-il conserver l’intensité d’une salle compacte dans l’immensité d’un Zénith ? Spoiler : oui. Et sans forcer.
MONONC SERGE AND THE ANONYMUS
Fidèle compagnon de route, MONONC' SERGE reprend du service aux côtés d’ANONYMUS. Les Canadiens ont la lourde tâche de mettre en jambe un public pas entièrement acquis à leur cause. Trois quarts de la salle découvrent peut-être le groupe ce soir, mais la bonhomie contagieuse du combo fait rapidement son effet.
Le thrash est solide, les refrains fédérateurs. Metal canadien-français ouvre les hostilités avec fracas, L’Âge de bière transforme la fosse en concours de cul sec géant. Derrière l’humour frontal, la maîtrise technique est bien réelle. Les riffs claquent, la section rythmique cogne, et la setlist varie suffisamment pour maintenir la tension. Comme leurs homologues nantais, ils pastichent les grandes heures du heavy et du thrash avec un sérieux presque suspect. Le public mord. Mission accomplie.
ULTRA VOMIT
Pas de suspense inutile : dès les premières notes d’Évier Metal, le Zénith explose. Intro maidenesque, bras levés, pogo immédiat. ULTRA VOMIT version 2026, c’est le même décor que l’an dernier — mais en plus massif, plus assuré, plus carnassier. Parce qu’il faut le rappeler : derrière la gaudriole, les Nantais sont des musiciens redoutables. Quand j’étais petit pilonne façon MOTÖRHEAD, les guitares claquent, la section rythmique cogne avec une précision clinique. Ce n’est pas une parodie approximative : c’est du heavy joué avec sérieux, saboté volontairement par le génie débile. Et puis il y a le stand-up. Les interventions de Manard, les apartés absurdes, les regards caméra imaginaires. ULTRA VOMIT, c’est un concert et un plateau d’humour sous stéroïdes. Si tu ne ris pas, tu es coupable.
Retour sur l'album précédent avec le bloc Panzer Surprise qui fait très mal. S'en suit d'une surprise imposée par la récente hospitalisation du taulier du groupe : Miction Impossible : Sonde de bite s’impose déjà comme un hymne fédérateur. Refrain stupide, efficacité maximale. Tout est bon pour hisser la blague au plus haut. Le public hurle tout. Calogira déclenche les flammes. Littéralement. Le Zénith se transforme en brasier, clin d’œil involontaire au passage récent de GOJIRA dans la même salle. Sauf qu’ici, on remplace la spiritualité par la connerie cosmique. La triplette Ricard Peinard / Patatas Bravas / Tikawahukwa met la sécurité en PLS. Circle pits géants, slammeurs en rafale. Musicalement ? Ça tient la route. Ça thrash, ça groove, ça bastonne sec. Parodier SEPULTURA et le hardcore sans perdre en crédibilité, ce n’est pas donné à tout le monde.
Moment de bascule avec Toxoplasma Gondii (Felinus Sanctus). Imagerie black metal, projection hilarante, satire parfaitement dosée. ULTRA VOMIT marche sur la ligne rouge du ridicule — et la franchit avec un sourire carnassier. Puis vient l’instant culte : Je collectionne des canards (vivants). Entrée en scène d’Andreas Martin, l’Homme Canard. Tout de plumes vêtu, énergie incontrôlable, il électrise la salle. La foule scande l’hymne à gorges déployées, pogo absurde et communion totale. C’est grotesque, spectaculaire et parfaitement calibré.
Medley époque Mr. Patate, I Like to Vomit… Le contraste est frappant. Là où le groupe alignait autrefois des gags éclairs, il livre désormais de vrais morceaux structurés, efficaces, mémorisables. L’écriture s’est épaissie. L’humour reste gras, mais la composition est affûtée. La “Minute Manard” enfonce le clou avec une relecture improbable de Banana Split de LIO. L’absurde épouse l’actualité. L’IA n’a qu’à bien se tenir. La fin du set bascule dans le chaos théâtral avec Dead Robot Zombie Cop from Outer Space II, personnage surgissant sur scène pour une course-poursuite délirante, avant le sprint final. La Puissance du Pouvoir, Kammthaar, A.N.U.S : Un rappel varié, exactement a l'image de l'éclectisme du groupe. Heavy martial, parodie germanique millimétrée, clin d’œil appuyé à INDOCHINE pour conclure en douceur ironique.
ULTRA VOMIT vient de réussir son passage au format Zénith sans perdre son âme. Plus massif. Plus maîtrisé. Plus spectaculaire. Mais toujours aussi intelligemment débile. Et cette soirée de la Saint Valentin, c’était probablement la plus belle démonstration que la connerie, quand elle est bien exécutée, peut devenir la plus belle preuve d'amour envers cette musique que l'on aime tous.
Un grand merci à Sabrina de Verygroup, Riff Regarts et le Zénith de Toulouse pour l’accréditation.
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