EPICA + AMARANTHE + CHARLOTTE WESSELS // Le Bikini, Ramonville saint agne - 03/02/2026
- Par ludovic R.
- Le 11/02/2026
- Dans Live-reports

L’Arcane Dimensions pose ses valises à Toulouse. Une quasi-tradition du côté de la Ville rose, qui a l’habitude de recevoir régulièrement les Néerlandais. Mais cette année, l’affiche est XXL. Pour la promotion d’Aspiral, EPICA embarque avec eux les Suédois d’AMARANTHE ainsi que l’ex-DELAIN, désormais en solo : CHARLOTTE WESSELS.
Une soirée qui offre un large panorama du metal symphonique-pop-female fronted (rayez les mentions inutiles), et le public ne s’y est visiblement pas trompé puisque le Bikini affiche complet depuis déjà quelque temps.
CHARLOTTE WESSELS
Triple plateau oblige, l’ouverture des portes se fait tôt. C’est donc aux alentours de 19h que CHARLOTTE WESSELS s’accapare le peu d’espace scénique encore disponible — celui-ci étant déjà en grande partie occupé par l’imposante scénographie d’AMARANTHE et d’EPICA. Qu’à cela ne tienne : malgré cette contrainte, la formation déploie une mise en scène simple mais soignée (estrade ronde au parfum seventies, pied de micro orné de tournesols), un vrai plaisir à voir là où tant de premières parties se contentent d’un fond de scène minimaliste.
C’est avec son troisième album sous le bras que WESSELS vient présenter son univers, accompagnée d’une bonne partie d’anciens membres de DELAIN. La soirée prend d’ailleurs des airs de réunion de famille tant les ex-DELAIN sont nombreux sur l’affiche (Rob Van der Loo chez EPICA, Timo Somers et Otto Schimmelpenninck van der Oije chez CHARLOTTE WESSELS).
Vêtue d’une robe bohème, la vocaliste déroule un set concis mais habilement construit, oscillant entre introspection délicate (The Crying Room) et intensité plus marquée (Soft Revolution). La setlist monte progressivement en puissance pour atteindre un joli climax avec The Exorcism, morceau sur lequel elle s’essaie au chant hurlé — avec une réussite plus que convaincante.
C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de son projet solo : s’autoriser des territoires que le cadre de DELAIN ne lui permettait peut-être pas. Le groupe prend visiblement beaucoup de plaisir sur scène, et l’énergie communicative de Timo Somers, véritable moteur du set, tire l’ensemble vers le haut.
Si le public se montre d’abord timide, la seconde moitié du concert suscite clairement la curiosité des néophytes et confirme — s’il fallait encore le prouver — que CHARLOTTE WESSELS navigue avec aisance dans ce nouveau registre, entre pop folk expérimentale et réminiscences metal portées par la technicité de ses musiciens.
AMARANTHE
C’est ensuite au tour des Suédois d’AMARANTHE d’investir le Bikini. Devant un public désormais plus dense, le sextuor déroule son pop metal sans accroc. La machine est parfaitement huilée et, malgré la présence de trois chanteurs — qui aurait pu poser un problème de gestion de l’espace scénique — l’ensemble reste étonnamment homogène. La complicité et la bonne humeur du groupe atteignent rapidement le public.
La setlist, intelligemment pensée, enchaîne les hymnes accrocheurs : Damnation Flame, Maximize, The Catalyst. Mais si AMARANTHE est une machine à tubes pop métallisés, le groupe n’oublie pas de varier les tempos, comme sur Amaranthine, introduit dans une version inédite au piano. Olof Mörck y laisse toute la place à la voix d’Elize Ryd.
La fête bat son plein, le public est chauffé à blanc et répond avec enthousiasme aux sollicitations des chanteurs. Drop Dead Cynical vient conclure en beauté un set résolument festif. À l’heure où les débats sur la “supériorité” de tel ou tel sous-genre metal font rage, AMARANTHE apporte une réponse simple et efficace : peu importe le style, tant que l’énergie est là et qu’elle se transmet au public.
EPICA
Le Bikini est désormais plein comme un œuf et trépigne à l’idée de retrouver la bande de Mark Jansen. Presque une année sur deux : c’est à peu près le rythme auquel EPICA honore Toulouse de sa présence. Les Toulousains connaissent bien la formation et ne s’y trompent pas, faisant régulièrement de ces dates des sold out.
En pleine promotion d’Aspiral, le set débute de manière inattendue avec The Apparition, au détriment du premier single Cross the Divide. Mais EPICA a clairement changé de dimension. Un soin tout particulier a été apporté à la scénographie et, dès les premiers couplets, Simone Simons apparaît en hauteur, voilée de dentelle noire, enveloppée de fumée. Cette introduction gothique, parfaitement mise en scène, fait forte impression. Cross the Divide enchaîne immédiatement, ramenant le groupe dans une configuration plus classique.
La scène se dote désormais de surélévations pour le pianiste et le batteur, complétées par un écran transparent — une technologie de plus en plus répandue sur les grosses productions. Celui-ci dynamise le show, tout comme le jeu de lumières et les images captées en direct par un cameraman, projetées sur l’écran géant à l’arrière de la scène. Sans être un groupe de tournée de stades, EPICA force le respect par l’intelligence de ses choix visuels. Les moyens sont utilisés avec justesse et le rendu est tout simplement grandiose.
Côté setlist, le format co-headlining impose quelques ajustements. Le concert alterne entre moments de grâce et fresques épiques, tout en remettant au goût du jour certains titres plus anciens comme Never Enough, toujours aussi efficace — surtout avec une Simone en grande forme vocale. Tides of Time, rarement joué, fait également son apparition, offrant au public toute l’émotion et la justesse de l’une des plus belles ballades du groupe.
Et puisque les copines sont en première partie, pourquoi ne pas les inviter sur scène ? Charlotte Wessels rejoint ainsi EPICA pour interpréter Sirens – Of Blood and Water. Cette connexion entre les musiciens est l’une des grandes forces du groupe : heureux d’être là, complices, presque joueurs. Coen Janssen, infatigable, passe du clavier à son keytar, harangue la foule et insuffle ce supplément d’âme qui élève la prestation à un autre niveau.
Les nouveautés d’Aspiral sont largement mises à l’honneur, avec pas moins de cinq titres interprétés. The Grand Saga of Existence et Fight to Survive, véritables pièces maîtresses de l’album, passent l’épreuve du live haut la main. Fidèle à sa narration visuelle développée dans ses clips, EPICA exploite pleinement les écrans pour prolonger ces histoires sur scène.
Mais les Néerlandais n’oublient pas leurs racines et gratifient le public de Cry for the Moon et The Last Crusade, toujours accueillis avec ferveur. "C’était mieux avant" ? Certainement pas. EPICA est l’exemple même d’un groupe capable de s’appuyer sur ses nouvelles compositions pour en faire de véritables hymnes, à l’image de Beyond the Matrix, qui plonge le Bikini dans une liesse totale.
Le set est court, intense, et un rappel supplémentaire aurait été apprécié — mais telle est la loi du co-headlining. Des choix s’imposent. Ne boudons cependant pas notre plaisir : une fois encore, EPICA a gâté Toulouse avec une prestation magistrale.
Merci à Marine de Veryshow, Bleu Citron et SPM Prod pour cette très belle date.
Epica Amaranthe Charlotte Wessels