SABATON + THE LEGENDARY ORCHESTRA // Accor Arena, Paris - 28/11/2025

Sabaton paris 2025 couv

Depuis une dizaine d’années, SABATON n’a eu de cesse de gagner en popularité, notamment en France, particulièrement avec des chansons sur des faits de l’histoire de France comme la bataille de Verdun, les actes héroïques d’Albert Séverin Roche ou, plus récemment, sur l’empereur Napoléon ; écumant des salles parisiennes de plus en plus grandes : un Bataclan en 2015, un Olympia en 2017, deux Zéniths de Paris en 2020 et 2023. Cette fois, la bande suédoise a conquis l’Accor Arena avec un show totalement différent de ce qu’on a connu jusqu’à présent.

Le groupe a tenu cette promesse avec un concert absolument grandiose avec, en guise de première partie, tout un orchestre reprenant les classiques de SABATON. Cet orchestre, monté spécialement pour cette tournée, le Legendary Tour, était composé d’instruments à cordes, cuivres, percussions et de chœurs. Le collectif était mené par Noa Gruman, chanteuse du groupe SCARDUST. Elle a assuré la direction de l’orchestre tout en participant aussi parfois vocalement. Elle était secondée par deux musiciennes talentueuses qui cartonnent sur les réseaux sociaux : la violoniste soliste Mia Asano et la multi-instrumentiste et joueuse de vielle à roue Patty Gurdy.

Le collectif a donné une nouvelle dimension symphonique à une sélection des morceaux les plus cultes de SABATON. On y retrouvait notamment Ghost Division, Bismarck, Sarajevo, Resist and Bite ou encore Winged Hussars. Noa, dite la capitaine charismatique à la baguette, a su magnifiquement coordonner l’ensemble, alors que Mia et Patty ont donné ce côté spectacle orchestral épique à cette prestation. Cet orchestre nous aura régalés pendant un peu plus d’une heure et on peut être sûr que leurs instruments résonneront encore longtemps dans nos têtes.

SABATON

Il est maintenant l’heure d’accueillir SABATON. On pouvait déjà apercevoir une sorte de passerelle suspendue au-dessus de la fosse, rappelant au passage un certain concert de PARKWAY DRIVE. Ici, elle semble être une sorte de pont-levis. Côté scénographie, énormément de changements : plus de tank, ni de barbelés, ni de sacs de sable typiques des camps militaires ; place à un cadre plus moyenâgeux avec la reconstitution de remparts d’un château-fort avec murailles et tours de guet. Au centre de la fosse se trouve une sortie de petite scène secondaire assortie à la principale. Soudain, une voix se fait entendre dans tout l’Accor Arena : un comédien incarnant visiblement Napoléon s’adresse à nous depuis cette petite scène. Il est progressivement rejoint par deux autres acteurs jouant respectivement Genghis Khan et Jules César.

Une petite scénette théâtrale se joue devant nous alors que la passerelle s’abaisse lentement. Les trois personnages se toisent, se défient, chacun revendiquant sa place dans la légende. L’échange est bref, presque ironique, mais terriblement efficace. Une, puis deux Marseillaises sont entonnées par le public, prenant parti pour notre personnage de légende. Puis un quatrième comédien vient se mêler à cet échange, celui-ci incarnant le dernier maître de l’ordre du Temple : Jacques de Molay, accompagné de ses templiers munis de torches, traversant le public. Mais on finit vite par découvrir qu’il ne s’agit pas de simples figurants, mais des membres de SABATON ! Ceux-ci finissent par mettre tout le monde d’accord. Le concert peut enfin commencer.

L’explosion est immédiate alors que le groupe entame le show sur Templars et que la fosse de l’Accor Arena se transforme en champ de bataille. Les premiers effets pyrotechniques sur The Last Stand viennent accentuer cette ambiance féodale. Alors que Genghis Khan revient sur scène pour le titre Hordes of Khan, une troisième Marseillaise est reprise par l’assistance pour le narguer. Napoléon est évidemment présent sur le titre qui lui est dédié : I, Emperor, alors que Crossing The Rubicon est ponctué par la présence de Jules César.

Carolus Rex résonne dans la salle comme un couronnement, morceau qui sera, pour cette fois, interprété en suédois. The Red Baron, dont l’intro se fait à la guitare à la place du clavier, fait rugir l’arène, porté par des visuels aériens, alors que Stormtroopers vient amplifier la bataille de pogos. Puis, sur A Tiger Among Dragons, les guitaristes Chris Rörland et Thobbe Englund délaissent leurs instruments pendant un temps, formant un duo de percussionnistes, tandis que le chanteur Joakim Brodén prend la guitare.

Alors que le taulier et bassiste Pär Sundström vient s’adresser à nous, l’ambiance dans l’Accor Arena prend une tout autre dimension lorsqu’il nous demande d’allumer les lampes de nos portables pour introduire Christmas Truce, référence à la trêve de Noël de 1914 dans les tranchées. C’est alors que les chœurs du Legendary Orchestra rejoignent SABATON et restent jusqu’à la fin du concert, tandis que Noa Gruman vient prêter main forte à Joakim sur Soldier Of Heaven. Et lorsque The Attack of the Dead Men retentit, l’Accor Arena explose littéralement, happée par l’intensité du récit.

Visuellement, le spectacle est colossal. Pyrotechnie maîtrisée, écrans monumentaux, jeux de lumière millimétrés : chaque détail sert la narration. SABATON ne se contente pas de jouer l’Histoire, ils la mettent en scène, la théâtralisent, la transforment en expérience sensorielle totale. Le groupe met toujours l’accent sur des intros épiques, comme l’ouverture de Night Witches ou encore de Primo Victoria, ce morceau narrant l’histoire du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie.

Puis le final arrive avec un changement ultime, tout d’abord avec Steel Commanders où j’aurais aimé, à titre personnel, un featuring avec Mia Asano, mais qui n’a malheureusement pas eu lieu. Puis The Art Of War version 2018 vient donner un énième grand coup de pyrotechnie, suivie par To Hell And Back, et enfin l’inévitable Masters Of The World vient mettre un point final à ce spectacle grandiose.

Les dernières notes s’éteignent, laissant derrière elles une salle essoufflée, euphorique, presque incrédule.

Ce 28 novembre, SABATON n’a pas simplement rempli l’Accor Arena. Ils l’ont transformée en champ de bataille historique, en opéra de guerre, en machine à émotions. Un concert qui ne se regarde pas : il se traverse.

Photos : Stephan Birlouez (Among The Living)

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